La mention « rare cellule épithéliale » sur un compte-rendu d’ECBU déroute souvent le clinicien non spécialisé. Ce résultat traduit un faible desquamation de l’urothélium, situation banale lors d’un prélèvement correctement réalisé sur des urines de milieu de jet. La distinction avec des cellules épithéliales « nombreuses » ou « abondantes » engage pourtant des interprétations radicalement différentes, tant sur la validité du prélèvement que sur l’orientation diagnostique.
Cellules épithéliales dans l’urine : origine histologique et signification technique
Trois types de cellules épithéliales peuvent se retrouver dans un échantillon d’urine. Les cellules transitionnelles (urothéliales) tapissent la vessie et les uretères. Les cellules rénales tubulaires proviennent du néphron. Les cellules malpighiennes (squameuses) proviennent de l’urètre distal ou de la sphère génitale.
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Lors de l’examen cytobactériologique des urines, le biologiste quantifie ces cellules de façon semi-quantitative : rare, quelques, nombreuses, abondantes. Cette graduation n’est pas décorative. Elle conditionne la fiabilité de l’ensemble des résultats de l’ECBU, leucocyturie et bactériurie comprises.
Nous observons que la présence de cellules malpighiennes abondantes signe dans la majorité des cas une contamination par la flore vaginale ou urétrale. Le prélèvement perd alors sa valeur diagnostique et doit être refait avec un protocole de recueil plus strict.
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Rare cellule épithéliale dans les urines : un marqueur de prélèvement fiable
Un résultat mentionnant « rare cellule épithéliale » indique que le prélèvement a été correctement réalisé. La contamination par les sécrétions génitales est négligeable, ce qui rend les résultats de la culture bactérienne et du décompte leucocytaire pleinement interprétables.
En pratique, la desquamation physiologique de l’urothélium libère toujours quelques cellules dans l’urine. Un résultat totalement négatif serait suspect. La mention « rare » correspond donc au bruit de fond normal d’un appareil urinaire sain.
Ce point est régulièrement sous-estimé : l’absence de cellules épithéliales n’est pas un meilleur résultat que leur rareté. Les deux situations sont équivalentes sur le plan de la validité du prélèvement.
Cellules épithéliales nombreuses ou abondantes : quand l’ECBU doit être réinterprété
La situation change lorsque le compte-rendu mentionne des cellules épithéliales « nombreuses » ou « abondantes ». Plusieurs scénarios se présentent, et le type cellulaire prime sur la quantité brute.
Cellules malpighiennes abondantes et risque de faux positif
Des cellules squameuses en grand nombre orientent vers un défaut de recueil. La flore commensale vaginale ou périnéale contamine l’échantillon. Une bactériurie positive dans ce contexte ne permet pas de poser le diagnostic d’infection urinaire. Nous recommandons systématiquement un nouveau prélèvement avant toute prescription d’antibiothérapie.
- Toilette périnéale insuffisante avant le recueil, première cause de contamination sur les ECBU ambulatoires
- Prélèvement du premier jet au lieu du milieu de jet, entraînant un excès de cellules urétrales
- Délai de transport trop long entre le recueil et l’analyse, favorisant la prolifération bactérienne artéfactuelle
Cellules urothéliales nombreuses : piste inflammatoire ou tumorale
Des cellules transitionnelles en quantité élevée traduisent une agression de la muqueuse vésicale ou urétérale. L’infection urinaire basse en est la cause la plus fréquente, associée alors à une leucocyturie significative et à la présence de bactéries à l’examen direct.
En l’absence de germe identifié et de leucocyturie, une desquamation urothéliale importante justifie une cytologie urinaire complémentaire pour écarter une lésion néoplasique des voies urinaires. Ce réflexe diagnostique est particulièrement pertinent chez le patient tabagique de plus de cinquante ans.
Cellules tubulaires rénales : un signal d’alerte néphrotoxique
La présence de cellules épithéliales rénales, même en petit nombre, ne doit jamais être banalisée. Ces cellules ne se retrouvent dans l’urine qu’en cas de lésion tubulaire. Les causes classiques incluent la néphrotoxicité médicamenteuse, la nécrose tubulaire aiguë et certaines glomérulonéphrites.
Ce type cellulaire est rarement retrouvé de façon isolée. Il s’accompagne habituellement de cylindres granuleux ou de cylindres de cellules épithéliales, ce qui oriente le biologiste vers un contexte rénal parenchymateux.

Leucocyturie, bactéries et cellules épithéliales : croiser les résultats de l’ECBU
L’interprétation des cellules épithéliales ne se fait jamais isolément. Le résultat prend son sens en regard de la leucocyturie et de la bactériologie.
- Rare cellule épithéliale, leucocyturie élevée, bactériurie significative : tableau classique d’infection urinaire sur prélèvement fiable, le traitement peut être initié sans réserve
- Cellules épithéliales abondantes, leucocyturie modérée, flore polymicrobienne : prélèvement contaminé, l’ECBU n’est pas interprétable et doit être refait
- Cellules épithéliales abondantes, leucocyturie élevée, bactériurie monomicrobienne : infection probable malgré la contamination, mais la confirmation par un second prélèvement reste préférable
- Rare cellule épithéliale, absence de leucocyturie, absence de bactérie : examen normal, aucune infection des voies urinaires
Ce croisement systématique évite les prescriptions d’antibiotiques sur des résultats artéfactuels, un problème récurrent en médecine ambulatoire.
Conditions de prélèvement qui influencent le taux de cellules épithéliales urinaires
La qualité du prélèvement reste le facteur principal de variation du nombre de cellules épithéliales dans les urines. La toilette antiseptique du méat avant le recueil réduit considérablement la contamination malpighienne.
Chez la femme, un recueil sans toilette préalable entraîne quasi systématiquement un taux élevé de cellules squameuses. Chez l’homme, le prépuce non décalotté produit le même effet, dans une moindre mesure. Le sondage urinaire élimine presque totalement les cellules malpighiennes mais augmente le risque de desquamation urothéliale par traumatisme mécanique.
Les urines du matin sont préférables pour l’ECBU car elles concentrent les éléments figurés et les bactéries, ce qui rend la quantification plus fiable. Un échantillon dilué (hydratation excessive avant le recueil) peut faussement minorer la cellularité et la bactériurie.
La mention « rare cellule épithéliale » sur un ECBU est donc un indicateur de qualité, pas un signe pathologique. À l’inverse, des cellules épithéliales nombreuses ou abondantes imposent de vérifier le type cellulaire, de croiser avec la leucocyturie et la bactériologie, et souvent de reprendre le prélèvement avant de conclure sur une éventuelle infection des voies urinaires.

