Les chiffres sont têtus : même les machines les plus sophistiquées n’ont pas réponse à tout. Certaines pathologies échappent encore aux outils d’imagerie médicale les plus performants. La sclérose en plaques, notamment à ses débuts ou sous certaines formes, peut ne laisser aucune trace sur l’IRM, compliquant ainsi la démarche diagnostique. Des symptômes persistants, même en l’absence de confirmation radiologique, nécessitent une attention particulière et une démarche médicale adaptée afin d’éviter les retards de prise en charge.
Comprendre la sclérose en plaques : une maladie parfois invisible à l’IRM
La sclérose en plaques (SEP) échappe parfois à la vigilance de l’imagerie moderne. Cette maladie neurologique chronique s’attaque à la myéline sans toujours laisser d’indices visibles à l’IRM cérébrale. Idéalement, le diagnostic se fonde sur la présence de plaques disséminées dans le système nerveux central. Pourtant, certains cas de maladies neurologiques se manifestent alors que l’imagerie reste parfaitement normale : il s’agit de ce que l’on appelle une maladie neurologique non détectée à l’IRM.
Dans ces situations, le neurologue doit s’appuyer avant tout sur l’examen clinique. Face à des troubles neurologiques fluctuants ou tenaces, il veille au diagnostic de sclérose en plaques, même en l’absence de confirmation par l’imagerie. L’IRM cérébrale conserve tout son intérêt, mais elle n’a pas réponse à tout, surtout lors des débuts de la maladie ou sous des formes inhabituelles. Certaines lésions passent sous le radar : trop discrètes, logées dans des zones d’accès complexe, ou simplement indétectables par les machines d’aujourd’hui, particulièrement au commencement du processus.
Résultat : des manifestations évidentes du côté patient, mais une imagerie silencieuse. Dans ce contexte, l’expertise médicale prime : examen clinique minutieux, recours éventuel à l’analyse du LCR (liquide céphalo-rachidien), ou nécessité de répéter les examens dans le temps. Seule une approche croisée permet d’éviter que des troubles neurologiques soient négligés sous prétexte d’une IRM normale.
Quels signes doivent alerter ? Les symptômes de la SEP à ne pas négliger
Au début, les symptômes de la sclérose en plaques se font souvent discrets. Pourtant, détecter ces signaux ouverts offre une chance d’intervenir rapidement. Sur le terrain, la variété des troubles neurologiques rencontrés par les patients atteints de SEP est frappante.
Pour mieux cerner ces signes d’alerte, il existe plusieurs symptômes régulièrement observés :
- Troubles moteurs : faiblesse ou perte de précision d’un membre, démarche instable, sensation de jambe lourde, tout cela peut révéler un déficit moteur parfois asymétrique ;
- Troubles sensitifs : fourmillements, engourdissements, picotements localisés, ou décharge électrique ressentie en fléchissant la nuque (signe de Lhermitte) ;
- Troubles visuels : baisse brutale de la vision sur un œil, douleur oculaire, vision double, témoignant d’une névrite optique qui peut signaler la maladie ;
- Fatigue intense : fatigue persistante, inexpliquée et qui ne cède pas au repos ;
- Problèmes d’équilibre ou de coordination, souvent minimisés, mais qu’il ne faut jamais ignorer.
Chez un adulte jeune, la survenue de ce type de symptômes doit pousser à un bilan approfondi. Leur apparition brutale, leur caractère changeant ou leur récurrence peut évoquer une atteinte centrale. Même des troubles neurologiques d’allure psychogène ne suffisent pas à écarter une SEP : il s’agit alors d’être particulièrement rigoureux. L’apparition itérative de symptômes séparés par le temps ou l’espace reste un marqueur clé pour orienter le diagnostic. Car si l’IRM peut rester normale, la vigilance elle, ne faiblit pas.
IRM normale, SEP possible : comment s’explique ce paradoxe ?
L’essor de l’IRM cérébrale a véritablement transformé la détection des maladies neurologiques : aujourd’hui, il est possible d’identifier les lésions blanches multiples propres à la sclérose en plaques. Pourtant, certaines personnes au profil typique de la SEP voient leur IRM revenir sans la moindre anomalie, ce qui rend leur parcours d’autant plus compliqué.
Comment comprendre cet écart ? Plusieurs pistes existent. La sensibilité de l’IRM varie selon la technologie de l’appareil utilisé. Des lésions de petite taille, cachées au sein de la moelle épinière ou de certaines zones corticales, peuvent passer totalement inaperçues. La moelle épinière reste d’ailleurs moins explorée que le cerveau, alors qu’elle est souvent concernée en tout début de maladie. Si l’imagerie reste muette, il devient crucial de s’appuyer sur l’examen clinique, et le recours à des examens complémentaires se justifie pleinement.
Pour avancer vers une meilleure certitude, plusieurs approches sont généralement privilégiées par les neurologues :
- Prélèvement du liquide céphalo-rachidien (ponction lombaire) afin d’identifier la présence de bandes oligoclonales, signes d’une inflammation chronique ;
- Utilisation des potentiels évoqués pour tester la conduction nerveuse dans le système central ;
- Reprise de l’IRM quelques mois plus tard pour guetter l’apparition de nouvelles lésions dans la durée.
Reconnaître la réalité d’une maladie neurologique non détectée à l’IRM permet d’éviter qu’un patient aux symptômes authentiques ne soit laissé sans réponse, simplement parce qu’une preuve radiologique initiale fait défaut.
Vivre avec la SEP : conseils pour mieux gérer les incertitudes du diagnostic
Affronter la perspective d’une sclérose en plaques en l’absence de certitude formelle à l’IRM bouleverse tout le parcours. Cette phase d’incertitude laisse les patients dans l’expectative, et le parcours de prise en charge doit s’envisager autrement : disponibilité du corps médical, réévaluation fréquente et vrais relais entre les professionnels de santé.
Un service de neurologie impliqué assurera un suivi rapproché, même lorsque l’imagerie ne révèle aucune anomalie. De son côté, le médecin traitant oriente vers des spécialistes, veille à la programmation des examens nécessaires et au soutien psychologique. Chaque trouble neurologique est pris au sérieux, pour différencier un trouble fonctionnel d’un signe authentique de la maladie.
Quelques repères peuvent aider à mieux traverser cette étape pleine d’incertitude :
- Solliciter l’avis d’un neurologue qui se consacre à cette pathologie et bénéficie d’une solide expérience de la SEP ;
- Consigner régulièrement ses symptômes, fatigue, difficultés motrices, troubles sensitifs ou visuels, dans un carnet, pour affiner ensemble avec le médecin l’analyse du vécu et mieux cibler le suivi ;
- Ne pas hésiter à aborder la question des traitements existants : certains médicaments ou produits de santé peuvent parfois être proposés même en cas d’IRM normale, en fonction du contexte clinique précis.
L’innovation médicale n’est pas en pause : la recherche aiguise ses outils, qu’ils soient biologiques ou issus de l’imagerie de nouvelle génération. Tout est mis en œuvre pour mieux cerner la sclérose en plaques sous toutes ses formes.
Quand la machine se tait, c’est le dialogue et le regard attentif qui font la différence. Petit à petit, le mystère cède du terrain, et chaque avancée rend le terrain de la SEP moins incertain.


