Depuis 2020, les cotisations des complémentaires santé en France ont bondi de 22 % en cumul. En 2026, la hausse se poursuit à un rythme estimé entre 3 et 4,7 % selon les types de contrats. Derrière ces chiffres, des inégalités concrètes selon l’âge, le statut et même la ville de résidence, mais aussi des dispositifs d’aide qui restent encore trop peu sollicités.
Des tarifs qui varient du simple au quadruple selon le profil
Pour un salarié de moins de 35 ans, la cotisation mensuelle moyenne s’élevait à 57,43 € en août 2025 pour une formule intermédiaire. Un couple de retraités de plus de 66 ans, lui, débourse en moyenne 231,36 € par mois pour une couverture comparable. Soit quatre fois plus. Cette disparité n’est pas anecdotique : elle traduit une réalité structurelle, où le risque médical lié à l’âge se répercute directement sur la prime.
A lire aussi : Validité du permis après un AVC : comment vérifier en France ?
Le statut professionnel joue également un rôle important. Un retraité paie en moyenne 115,44 € par mois, contre 70,56 € pour un fonctionnaire ou 50,93 € pour un étudiant. Les indépendants, eux, peuvent déduire leur cotisation via le dispositif Madelin, ce qui allège partiellement la facture. Géographiquement, Paris reste la ville la plus coûteuse (73,12 €/mois en moyenne), devant Marseille et Lyon, notamment en raison de la concentration de praticiens en secteur 2.
Pour ceux dont les ressources sont limitées, il existe une alternative à la complémentaire classique. La Complémentaire santé solidaire (CSS), anciennement CMU-C, permet d’accéder à une mutuelle santé aidée, gratuite ou à faible coût selon les revenus. En 2026, le plafond annuel pour une personne seule est fixé à 10 421 € pour la CSS gratuite, et à 14 069 € pour la version avec participation financière (entre 8 et 30 € par mois selon l’âge).
A découvrir également : Œufs : combien une personne âgée peut-elle en manger par jour ? Conseils santé
Des hausses de tarifs alimentées par des facteurs structurels
Après +8,1 % en 2024 et +6 % en 2025, les tarifs 2026 augmentent encore de +4,3 % pour les contrats individuels et de +4,7 % pour les contrats d’entreprise. Les raisons avancées par la Fédération nationale de la mutualité française sont multiples : vieillissement de la population, progression des affections de longue durée, et coût croissant des innovations médicales. Son président, Éric Chenut, a résumé la situation en ces termes : « La Sécurité sociale se désengage, les pouvoirs publics taxent, les mutuelles compensent. »
À cela s’ajoutent des décisions politiques aux effets différés. Le PLFSS adopté en décembre 2025 a acté une taxe exceptionnelle d’un milliard d’euros sur les organismes complémentaires, ainsi que de nouveaux transferts de charges. Ces mesures n’ont pas pesé sur les tarifs 2026, déjà fixés, mais leur impact se fera sentir à partir de 2027, particulièrement sur les contrats des retraités et des indépendants. Le niveau de taxation des complémentaires en France dépasse désormais 16 %, contre 2 % en Italie.
La CSS, un filet de sécurité sous-utilisé
Fin juin 2025, la CSS comptait 7,9 millions de bénéficiaires, un chiffre en progression de 4,7 % sur un an. Pourtant, d’après les dernières données officielles disponibles (2021), le taux de recours global n’atteignait que 56 %, et tombait à 34 % pour la version avec participation financière. Des mesures de simplification ont depuis été déployées : attribution automatique aux bénéficiaires du RSA, partage des données de ressources, et extension de la présomption de droit aux bénéficiaires de l’AAH depuis 2025.
La CSS couvre le tiers payant et l’accès aux équipements du 100 % Santé (optique, dentaire, audiologie). Pour les ménages éligibles, c’est un levier concret pour réduire le reste à charge, qui peut atteindre jusqu’à 100 euros par an et par assuré pour les seules participations forfaitaires, avant même de compter les dépassements d’honoraires.
Dans un contexte où les hausses de cotisations semblent appeler d’autres hausses, vérifier son éligibilité à la CSS reste la première démarche utile. Pour les autres, comparer régulièrement son contrat en cours, notamment à la lumière des évolutions prévues sur les remboursements dentaires et les dispositifs médicaux d’ici 2027, reste une précaution qui peut peser sur le budget santé.

